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Muffat : Grande Messe Festive Pour Salzbourg

En 1690, le puissant Archevêque de Salzbourg, Primat de Germanie et Prince d’un état souverain respecté de l’Europe entière, était réputé pour les cérémonies religieuses extraordinaires de sa Cathédrale. Il venait de fêter avec faste les 1100 ans de la ville, et les musiciens qui composaient pour lui étaient célèbres dans toute l’Europe : Heinrich Biber tout d’abord mais aussi le brillant Georg Muffat (1653-1704), qui lui dédia une splendide Missa In Labore Requies destinée à solliciter toutes les forces musicales de la Cathédrale. Né en Savoie, Muffat fut un véritable européen : il étudia la musique à Paris auprès de Lully, fut organiste en Alsace à Sélestat, mais on le trouve surtout en poste à Vienne, Prague, Salzbourg tout en s’installant temporairement à Rome ! Il était l’homme de la fusion des styles italiens, français et allemands, y appliquant une verve musicale réputée.

Salzbourg la Catholique devait montrer sa splendeur face aux états protestants qui l’entouraient : il fallait donc concevoir une cérémonie musicale d’exception destinée à un grand office sacré pour cette Pentecôte de 1690. Le faste déployé par Muffat laisse pantois : la musique est écrite pour vingt-quatre voix différentes, et doit être distribuée dans l’espace en cinq chœurs. Les effets impressionnants de trompettes et percussions, marquant la solennité de la cérémonie, résonnaient ainsi splendidement dans la cathédrale, répondaient aux chœurs angéliques comme aux acclamations sacrées, pour construire un monument musical incomparable. La cathédrale de Salzbourg étant dotée de quatre balcons, on peut imaginer que la messe fût donnée depuis les balcons, et le chœur principal dans la nef. Deux chœurs de solistes vocaux, doublés dans les tutti, puis un chœur de cordes, répondent  à un chœur composé de deux cornets et trois trombones, et à un chœur de cinq trompettes et timbales.

Cette musique “immense” n’est évidemment quasi jamais interprétée, tant elle exige d’effectif, de temps de préparation, de précision des musiciens et du chef, mais surtout un écrin pour accueillir et magnifier cette musique “spatialisée”. La Chapelle Royale permet cette mise en espace splendide, et les interprètes réunis pour ce projet d’enregistrement et de concert : Le Banquet Céleste (Damien Guillon) et La Guilde des Mercenaires (Adrien Mabire), relèvent le défi de monter cette œuvre aux proportions exceptionnelles !