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Mademoiselle Duval : Les Genies

Et si la Gloire souriait aussi aux jeunes inconnu(es)? Voici le second opéra français composé par une femme, enfin par une jeune fille : Mademoiselle Duval, claveciniste de son état, dont on ne sait quasi rien! Compositrice et danseuse, née en 1718, elle fait représenter son seul opéra sur la scène prestigieuse de l’Académie Royale de Musique en 1736, elle-même tenant le clavecin des neuf représentations, du haut de ses 18 ans! Le succès est très significatif, et même inattendu, pour cet opéra dont le livret est publié sous le parrainage du Prince Victor-Amédée 1er de Savoie-Carignan : mais on ne saura plus rien de Mademoiselle Duval, pas même son prénom… Elle se sera sans doute (bien) mariée, ne laissant plus de trace dans les archives. 

Intitulé Les Génies ou les Caractères de l’Amour, ce Ballet Héroïque se présente sous la forme traditionnelle d’un prologue et quatre actes, illustrant le thème général de l’amour. Épousant la structure de la tragédie française, cette œuvre présente des personnages emblématiques des livrets d’opéra : Zoroastre, l’Amour, Léandre, Lucile, Zaïde, Zamire, mais également des personnages féériques tels des génies, un indien, des sylphides, des silphes et des nymphes, et reprend les différents topos de l’opéra baroque : scène d’invocation, scène de sommeil, personnages magiques, amants et querelles amoureuses. Bien évidemment on pense à Rameau, qui vient de donner Hippolyte et Aricie en 1733 (son premier opéra, mais il avait 50 ans!),  puis de triompher avec les Indes Galantes (1735), mais c’est aussi le temps du crépuscule pour Campra et Monteclair…

Jamais recréé, cet opéra-ballet permet de défendre un répertoire original porté par une femme compositrice, Mademoiselle Duval, qui succédait après quatre décennies au premier opéra français écrit par une femme : Céphale et Procris (1694). On retrouve mention des Génies dans le Mercure Galant, qui fit un état flatteur de l’ouvrage : « Les Génies, Ballet représenté le Jeudi 18 octobre 1736. Le poème est de M. Fleury, et la musique de Mlle Duval, jeune personne qui a beaucoup de talents, comme il est aisé de s’en rendre compte par cet ouvrage, qui est fort varié et extrêmement bien travaillé à beaucoup d’égards. Le récitatif en général fort applaudi, des scènes bien traitées, des airs de violons bien faits et fort gais…. ». Puis Mademoiselle Duval a disparu à jamais, sans doute rentrée dans le flacon merveilleux de l’un de ses génies…

Ce Ballet Héroïque va revivre sous les auspices d’une autre femme claveciniste : Camille Delaforge, à la tête de son Ensemble Il Caravaggio. Rendez-vous en terre musicale avec une inconnue!