Aller au contenu

Bach – Haendel – Rameau

Château de Versailles Spectacles et Sir John Eliot Gardiner ont fait tout leur possible pour maintenir ce concert en espérant une amélioration de la situation sanitaire. Mais à trois semaines de l’évènement les musiciens britanniques de retour de France se voient imposer quatorze jours de quarantaine à leur domicile : ce concert devient donc intenable. Sir John Eliot Gardiner vous prie de croire en son amertume et ses regrets sincères. 

 

 

Trois génies de la musique ont été de stricts contemporains, sans jamais se rencontrer : Bach et Haendel nés en 1685, Rameau leur ainé en 1683. Sir John Eliot Gardiner a choisi de mettre en regard des chefs d’œuvres orchestraux de chacun d’entre eux, pour montrer l’éclectisme de cette époque baroque, où cependant les styles français et italiens ont donné le ton à toute l’Europe, souvent imbriqués l’un dans l’autre. Pour ce faire, un orchestre richement doté en vents était nécessaire : le voici donc, servi par la fine fleur des instrumentistes baroques, sous la conduite enthousiaste de Gardiner…

De Haendel, voici deux concertos « a due cori » qui s’inspirent à la fois de la splendeur des musiques françaises, notamment de plein air, dont Lully et Lalande avaient ébloui le monde entier lors des Fêtes de Louis XIV, mais aussi des vertiges instrumentaux de Corelli. Leur symbiose donne évidemment le meilleur de Haendel, qui en fait des œuvres aux vastes dimensions sonores, où les deux cors sont un ornement exceptionnel qui nous ramène vers les fastes de la Water Music. Ces concertos furent créés en 1748 à Covent Garden, lors des représentations des Oratorios Alexander Balus et Judas Maccabaeus. Quant à la Cantate Silete Venti, elle démarre dans une véritable furie italienne, avec la soprano arrêtant en plein vol l’ouverture à la française de l’orchestre, pour le faire taire et lui laisser enfin le loisir de développer son art… Ce motet latin virtuose, sans doute composé en Italie lors de la jeunesse de Haendel, est une splendeur.

De Bach, le concerto pour violon et orchestre Bwv 1053, dans la transcription de l’original où le soliste était le clavecin, vient d’abord rappeler la faculté des musiciens de l’époque à réutiliser leur musique en fonction des évènements et des instruments. Pour Bach qui maitrisait à la fois le clavier et le violon, le passage de l’un à l’autre se faisait facilement, et permettait de réemployer ses plus belles pages dans d’autres contextes… Ce concerto dont l’autographe de Bach pour clavier date de 1738, trouvait son origine dans trois mouvements de cantates de 1726 (notamment la BWV 169) où la partie de soliste était confiée à l’orgue. Mais il se peut que la plus ancienne version ait été pour un autre instrument : le hautbois ! Le mouvement lent de ce concerto, transcription d’un air chanté par l’alto solo de la cantate, est comme souvent chez Bach d’une inspiration admirable, et l’évidence de son écriture, l’économie absolue de ses moyens, en rendent encore plus riche l’invention.

De Rameau, enfin, voici des morceaux somptueux : une suite d’orchestre extraite de sa tragédie lyrique Zoroastre (1749), et une autre mêlant des extraits des Surprises de l’Amour, des Fêtes d’Hébé et des Paladins, pour un déferlement de couleurs et d’affects si symboliques de ce grand maitre de l’opéra français, dont les parties d’orchestre (ouverture et danses essentiellement) sont de véritables joyaux, qui prennent tout leur sens à l’Opéra Royal de Versailles.

De cette confrontation entre trois génies ne peut sortir aucun vainqueur : mais l’art de Gardiner, à leur service depuis plus de 50 ans avec passion, devrait leur donner les plus chatoyantes couleurs…