Éditorial de Catherine Pégard

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Nous entrons dans la dixième saison de l’Opéra Royal restauré mais nous fêterons le dixième anniversaire de sa réouverture au public le 21 septembre 2019. 
 

Cette figure arithmétique est l’heureux prétexte à une année d’évocations et de célébrations qui ont aiguisé la curiosité et les choix de Laurent Brunner, directeur de Château de Versailles Spectacles depuis sa création. En dix ans, il aura programmé avec ses fidèles équipes plus de six cents représentations dans les lieux de musique du château et apporté une “nouvelle” scène lyrique à la France en accueillant à l’Opéra Royal, pour la première fois depuis sa construction en 1770, opéras, concerts et ballets pour un public de plus en plus vaste et international.


Il fallait, pour marquer cette décennie, des surprises en tous genres comme les voulait Louis XIV pour les fêtes sans cesse renouvelées qui animaient ses journées. 2019, c’est aussi le 350e anniversaire de la création de l’Académie Royale de Musique, institution française de l’Opéra. Nous serons donc emportés dans un florilège d’opéras de l’Ancien Régime. Nous découvrirons d’abord la Finta Pazza de Sacrati, ce premier opéra joué en France en 1645 par les musiciens italiens appelés à la Cour par Mazarin, à l’origine sans doute du goût du jeune Louis pour la musique – il avait sept ans – et d’une passion française pour l’opéra qui ne s’éteindrait plus…
Et puis de Lully et Molière, avec Le Bourgeois gentilhomme, revu par Jérôme Deschamps à Salieri et Beaumarchais, avec Tarare recréé par Christophe Rousset, nous vivrons les grandes mutations de l’Opéra en France, en un siècle, de Louis XIV à Louis XVI. Notre passion pour l’opéra se nourrira aussi des joyeuses exubérances d’Hervé Niquet qui fêtera le dixième anniversaire de la mythique production de King Arthur avec ses complices Shirley et Dino et même de William Christie qui s’encanaillera avec Robert Carsen dans The Beggar’s Opera, trouvaille de… 1728 ! Purcell sera encore célébré avec Didon et Enée proposé par la Juilliard School de New York pour la première fois à Versailles. Nous nous laisserons porter, comme il y a vingt ans, par les mystères qu’entretient William Kentridge autour du Retour d’Ulysse dans sa patrie de Monteverdi comme par les enchantements de Jetske Mijnssen dans la découverte de La Divisione del Mondo de Legrenzi.


L’éclectisme bien tempéré reste l’une des clés de la programmation de l’Opéra Royal de Versailles.On rendra hommage à François Couperin, organiste de la Chapelle Royale de 1693 à 1733 pour le 350e anniversaire de sa naissance. Mais aussi à Hector Berlioz pour le 150e anniversaire de sa mort le 8 mars 2019. Pourquoi Berlioz ? Comme chaque année, la musique accompagne la grande exposition que le château consacre à ceux qui en ont fait l’histoire. Pour la première fois nous allons revivre ce moment décisif pour Versailles où Louis-Philippe décida de transformer l’ancienne résidence royale en musée. La Symphonie Fantastique servie par Sir John Eliot Gardiner dans le décor conçu en 1837 pour l’Opéra Royal marque le début du règne et La Damnation de Faust dirigée par François-Xavier Roth, la fin (1830-1848). Éternel recommencement avec la redécouverte de la musique somptueuse du sacre de Louis XIV en juin 1654 par Sébastien Daucé à la Chapelle Royale ou avec la création d’un nouveau ballet inspiré par Marie-Antoinette du chorégraphe Thierry Malandain, Laurent Brunner enchaine l’insoupçonné, l’inédit, l’inattendu…

Ces rebondissements, tout au long de l’année, doivent peu au hasard des productions mais tout à la fidélité et à l’engagement des artistes qui maintiennent, à Versailles, cette présence singulière de la musique. Associés à Versailles, certains y déroulent leurs parcours d’artistes. Que nous les ayons suivis depuis longtemps déjà, comme Hervé Niquet, Vincent Dumestre ou Jean-Christophe Spinosi, que nous ayons applaudi leurs débuts, ceux de Raphaël Pichon ou de Leonardo García Alarcón,
que nous découvrions leur talent, celui de Valentin Tournet ou aujourd’hui de Lucile Richardot, ils embellissent nos vies et contribuent à faire de Versailles une merveilleuse fabrique de souvenirs. Une nouvelle collection d’enregistrements de CD et de DVD par Château de Versailles Spectacles gardera aussi la mémoire des concerts qui portent l’empreinte de l’Opéra Royal ou de la Chapelle Royale. Trente-cinq levers de rideau avaient ponctué la première saison de l’Opéra Royal. Cette dixième saison qui s’ouvre le 19 septembre 2018, avec Haendel, Philippe Jaroussky et Emöke Baráth, en verra plus d’une centaine.


Ce foisonnement, Château de Versailles Spectacles, qui ne reçoit aucune subvention publique, le doit d’abord à la confiance et à l’assiduité de son public mais aussi à l’enthousiasme des Amis de l’Opéra Royal et au soutien des entreprises mécènes du Cercle de l’Opéra Royal. Qu’ils soient tous chaleureusement remerciés.


CATHERINE PÉGARD
Présidente de l’Etablissement public du château, 

du musée et du domaine national de Versailles