Monteverdi : Vespro della Beata Vergine

8 octobre 2017 - 18h
Détails
Durée approximative: 
1h40 sans entracte

En 2010, 2014 et 2015, Sir John Eliot Gardiner est venu présenter à Versailles ces Vêpres dont il est, avec son Monteverdi Choir, l’interprète d’exception. Voici cette immense fresque sonore de retour, encore et toujours.

 

En 1610, Monteverdi donne ses Vêpres pour la Vierge à Mantoue, avant de conquérir la Basilique Saint-Marc de Venise. C’est le premier grand chef-d’œuvre sacré du baroque. C’est resté l’une des œuvres phares du patrimoine musical universel. Succédant au génial Orfeo (1607), les Vêpres lui empruntent sa fanfare d’ouverture et positionnent Monteverdi comme le principal compositeur de son temps. Gardiner a dirigé cette œuvre pour la première fois en 1964, puis l’a enregistrée à deux reprises. C’est pour elle qu’il fonda le Monteverdi Choir, l’un des meilleurs chœurs au monde. Sa réputation internationale l’amène aujourd’hui à diriger les plus grandes œuvres du répertoire lyrique (de Mozart à Bizet ou Verdi), mais il désire revenir à Monteverdi, sa source. Gardiner souhaite, à la Chapelle Royale, retrouver la spatialisation musicale qui caractérisait la musique vénitienne, en utilisant l’architecture spécifique et les différents niveaux de la Chapelle Royale de Versailles ou, rappelons-le, les musiciens et chanteurs se tenaient sur la tribune au premier étage au-dessus de l’autel, autour de l’orgue, au même niveau que le balcon royal qui leur faisait face, et d’où le souverain écoutait les compositions de ses maîtres de Chapelle durant les offices. La division en deux chœurs de l’œuvre de Monteverdi, mais aussi les nombreux dialogues musicaux et les effets d’écho, trouveront à Versailles un écrin architectural propice.

Les concert des Vêpres donnés à Versailles en 2010 et en 2014 ont laissé un souvenir si intense que nous avions proposé à John Eliot Gardiner que le concert de 2014 soit l’objet d’une captation vidéo.

Un nouveau rendez-vous unique entre Gardiner, Monteverdi et Versailles.

 

John Eliot Gardiner - Monteverdi, Vespro della Beata Vergine

 

♦ PROGRAMME

Claudio Monteverdi (1567-1643)
Vespro della Beata Vergine

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Claudio Monteverdi
1567-1643

Claudio Monteverdi est le père de la musique moderne. À l'aube du baroque, il naît à Crémone en 1567 : cela fait 450 ans ! Il est très tôt initié à la musique par Ingegneri, et publie dès 1582 son premier recueil, les Sacrae Cantiunculae ; il a 15 ans et ne s'arrêtera plus de composer des chefs-d'œuvre. Son Premier livre de Madrigaux à 5 voix, publié en 1587, signe sa personnalité naissante et le début de ses huit livres de madrigaux, véritable parcours de 50 années vers la modernité baroque, vers l'expressivité de la musique vocale : une somme inouïe, d'une diversité déconcertante et d'une beauté stupéfiante.

La carrière de Monteverdi se développe rapidement : on le retrouve à 23 ans jouant de la viole à la Cour du Duc de Mantoue, qu'il accompagne guerroyer en Autriche et en Flandres, pour revenir diriger sa Capella Ducale à partir de 1601. La période est florissante, en particulier dans les cercles musicaux florentins où s'invente l'opéra : après avoir assisté en 1600 à la création de l'Euridice de Jacopo Peri, il publie son Quatrième Livre de Madrigaux en 1603, contenant pour la première fois un accompagnement de basse continue ; c'est aussi un manifeste de la seconda pratica naissante, qui amène Monteverdi à créer à Mantoue en 1607 son Orfeo qui est encore une Favola in Musica, mais bien le premier opéra de sa main.

Le personnage mythologique d'Orphée, si prisé des élites intellectuelles, artistiques et politiques baroques, accomplit un parcours initiatique vers la mort et l'amour, mu par la force de son expressivité musicale : peut-on rêver plus belle allégorie du prince baroque, comme de l'opéra en soi ? Les passages dramatiques de l'œuvre seront des évidences durant deux siècles : chœurs de bergers en liesse, drame abrupt durant les noces, lamenti désespérés, scène aux enfers et ses personnages à la voix d'outre-tombe, dénouement heureux - malgré tout -, voici des pages illustres qui trouveront écho jusqu'au romantisme...

Le succès éclatant d'Orfeo ouvre la voie de la célébrité à Monteverdi, et un second dramma per musica suit en 1608 : Arianna, dont il ne reste hélas qu'un célèbre lamento. Puis vient Il Ballo delle Ingrate, magnifique perle de ce stile concertato que Monteverdi porte déjà à des sommets d'expression et de réalisme.

Mais il atteint ses limites à Mantoue et cherche à atteindre d'autres horizons. Il compose et publie un absolu chef-d'œuvre : les Vêpres de la Vierge, offertes au Pape Paul V en 1610, dans l'espoir d'obtenir une place à sa mesure. Cette musique qui fait le tour de toutes les possibilités d'écriture de l'époque, alternant profondeur et virtuosité, solistes et mouvements choraux, polyphonies et style nouveau, polychoralité et effets de masse, est une somme éblouissante. Elle permettra sans doute en 1613 de convaincre les Vénitiens de donner à Monteverdi la charge de Maître de Chapelle de San Marco, l'une des plus brillantes d'Europe.

À Venise, Monteverdi va alterner musique sacrée, publication de madrigaux et compositions dramatiques (citons le fameux Combat de Tancrède et Clorinde  - carnaval de 1624), dont beaucoup sont hélas perdues, mais sa véritable seconde floraison à l'opéra est tardive : le Retour d'Ulysse dans sa patrie est en 1640 l'entrée en scène d'un Monteverdi de 73 ans, au moment de la création des premiers théâtres lyriques privés, qui se fait justement à Venise. Cette épopée digne des vers homériques, mais dans une veine aux rebondissements comiques, fait merveille auprès du public, à qui Monteverdi sert ensuite un Couronnement de Poppée désormais mythique (1642), qui doit beaucoup au livret génialement équilibré de Busenello. Même si ces deux opéras ne sont pas entièrement de la main de Monteverdi (mais les ajouts sont splendides...), ils montrent le chemin dramatique parcouru depuis Orfeo. On est maintenant dans le modèle bigarré et polymorphe du drame lyrique vénitien (que nous trouvons aujourd'hui beaucoup plus "Shakespearien" que le style "Racinien" de la tragédie lyrique française), pétri de rebondissements et de personnages secondaires caractérisés, de vieilles nourrices travesties et de héros incertains.

Monteverdi décède en 1643, à 76 ans, après six décennies consacrées à composer une musique nouvelle et parlant au cœur. Marié jeune mais veuf à quarante ans, il laisse un héritage musical incomparable (quoique lacunaire) : son recueil monumental et presque testimonial, la splendide Selva Morale e Spirituale de 1641, est une ultime démonstration des facettes dramatiques dont Monteverdi sait faire miroiter les œuvres sacrées. Mais c'est avant tout l'exceptionnel conteur de drames que le public redécouvre depuis bientôt un siècle, tout entier dévoué à faire vivre la parole par la musique, véritable magicien qui a donné voix à Orphée...

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Laurent Brunner

 

Onglets

Distribution

Monteverdi Choir

English Baroque Soloists

Les Pages du Centre de musique baroque de Versailles (direction artistique Olivier Schneebeli)


Sir John Eliot Gardiner Direction