Campra : L'Europe Galante

Jeudi 16 novembre 2017 - 20h
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Durée approximative: 
3h entracte inclus

André Campra fut le compositeur lyrique le plus important entre Lully et Rameau. Pourtant, ce natif d'Aix-en-Provence en 1660 fit avant tout une carrière de musicien d'église, parcourant les cathédrales de province avant de prendre le poste si convoité de Notre-Dame de Paris en 1694. Pourtant c'est à l'opéra qu'il choisit alors de se consacrer, et le triomphe de son Europe Galante en 1697 se fait d'abord dans l'anonymat, jusqu'à ce que la révélation de sa paternité l'oblige à démissionner de Notre-Dame... C'était en effet l'œuvre fondatrice du style de l'opéra-ballet, mêlant habilement morceaux de danse et d'art lyrique dans des divertissements d'une grande richesse, incompatibles avec le poste de Maître de Chapelle de Notre-Dame ! 

Voulant mettre en valeur les styles musicaux dominants, l'italien et le français, Campra entraîne le spectateur en voyage dans les nations amoureuses de l'Europe, dont - en guise de prologue - Vénus et la Discorde se disputent la suprématie...

 

Pour la première entrée, la France bat au cœur amoureux des bergers et des bergères ; ensuite vient l'entrée de l'Espagne puis celle de l'Italie et des bals masqués vénitiens ; pour finir celle de la Turquie avec un sérail peuplé de sultanes et d'intrigues. Voyage musical et galant, divertissement de Cour évoquant l'exotisme des contrées lointaines, l'Europe Galante est l'œuvre idéale pour illustrer l'exposition "Visiteurs de Versailles. 1682-1789". La caricature est bien pensée : le Français est volage et indiscret, l'Espagnol est fidèle et romanesque, l'Italien est raffiné mais jaloux et violent, enfin le Sultan doit tempérer le dépit criminel de la Sultane, remplacée dans son cœur par une belle esclave... Cet acte turc eut d'ailleurs un succès permanent jusqu'à la Révolution !

Sébastien d'Hérin réunit autour de lui des solistes aussi piquants que les amoureux qu'ils incarnent, pour la résurrection de cette œuvre maîtresse du divertissement sous le règne de Louis XIV, enregistrée pour la collection Alpha/Versailles.

 

André Campra, L'Europe Galante, HMT Leipzig


Aussi célèbre fut cette œuvre au XVIIIe siècle, autant elle n'a jusqu'ici fait l'objet d'aucun d'enregistrement intégral qui permette aux amateurs de connaître toute sa musique et sa construction fort originale en actes de ballet. Ce concert fera donc l'objet d’un enregistrement discographique pour la collection Alpha/Château de Versailles.

 

♦ PROGRAMME 

ANDRE CAMPRA (1660-1744)
L'Europe Galante

Opéra-ballet en 5 entrées sur un livret d’Antoine Houdar de la Motte
Créé le 24 octobre 1697 au Théâtre du Palais Royal de Paris

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 "15 MINUTES AVEC"

Jeudi 16 novembre, partagez "15 minutes avec" Sébastien d'Hérin, directeur, pour échanger autour de l'Europe Galante à 19h30 au Grand Foyer de l'Opéra Royal. 
-Sur présentation de votre billet pour le soir-même et dans la limite des places disponibles-

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André Campra
1660-1744

C'est en 1660, à Aix-en-Provence, que débute l'étonnante histoire d'André Campra, celle d'un des nombreux musiciens des provinces françaises qui firent carrière à Paris et Versailles.

Ce fils de chirurgien italien entre très jeune à la Maîtrise de la Cathédrale Saint-Sauveur d'Aix, et reçoit les leçons de Guillaume Poitevin, qui l'affermissent au point de devenir le Maître de Chapelle de Sainte-Trophime d'Arles à 21 ans, dès 1681. En 1683 il est nommé à Toulouse, mais c'est à Notre-Dame de Paris qu'arrive la véritable reconnaissance : il est nommé Maître de sa musique en 1694 (à 34 ans pour un poste si prestigieux !). Cette carrière de musicien d'église, qu'il poursuivra à partir de 1722 comme l'un des quatre Maîtres de Musique de la Chapelle du Roi, nous livre de splendides compositions, messes, petits et grands motets, où la tradition française, la marque impérieuse du plain-chant gallican, le style monumental et dramatique de Lalande, viennent se colorer d'accents du sud, notamment de virtuosités italiennes. Un célèbre Requiem aux inspirations magnifiques en est le plus parfait représentant.

Mais en son temps Campra fut surtout un réformateur du style lyrique. Car l'oiseau de cathédrale cache une passion pour l'opéra. Trois ans à peine après sa nomination à Notre-Dame, il donne avec un extraordinaire succès L'Europe Galante : 1697 est à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire lyrique française, car c'est le premier opéra-ballet à tenir le haut de l'affiche. Dix ans après la disparition de Lully, personne n'a vraiment su s'imposer après lui, ni renouveler le genre de la tragédie lyrique. Et voici Campra proposant une forme on ne peut plus française : du chant mêlé de ballet, en plusieurs actes se succédant sans histoire commune, plutôt une suite de divertissements brillants donc, mâtinée de traits musicaux italiens, d'autant plus facilement qu'on y voyage en plusieurs pays... Dans la même veine suivront Le Carnaval de Venise (1699), et Les Fêtes Vénitiennes (1710), qui font de l'opéra-ballet un style épanoui, grand prétexte au beau chant et à des danses sur les thèmes ultramontains qu'adore le public.

Mais tant de musique profane, tant de succès à l'opéra sont-ils compatibles avec le respect d'une charge sacrée de premier plan ? Le verdict tombe de lui-même : Campra doit quitter Notre-Dame en 1700, année où triomphe sa tragédie lyrique Hesione, avant que Tancrède ne devienne l'un des chefs-d'œuvre de l'opéra français en 1702. Certes inscrite dans la tradition lullyste, la tragédie lyrique à la manière de Campra se pare d'une orchestration plus riche,  d'audaces modernes et italiennes, d'exotismes qui donneront à plusieurs de ses œuvres la chance d'être reprises de nombreuses fois du vivant du compositeur.

Devenu chef d'orchestre de l'Académie Royale de Musique, le compositeur est fort recherché, protégé du Régent, et au premier rang de ceux qui comptent au début du règne de Louis XV, qu'il illustrera par de nombreuses cantates et un dernier opéra, Achille et Deidamie (1735). Cette gloire "profane" en parallèle de sa seconde carrière "sacrée" à la Chapelle Royale et chez les Jésuites ne surprend plus, célébrité aidant, et fait même sans doute la valeur de Campra aux yeux des commanditaires religieux... il disparaît néanmoins en 1744 à Versailles dans un grand dénuement, ayant laissé nombre d'œuvres admirables, qui ont souvent les couleurs ensoleillées de sa Provence natale.

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Laurent Brunner

Onglets

Distribution

Caroline Mutel Soprano

Isabelle Druet Mezzo-Soprano 

Anders J. Dahlin Ténor

Nicolas Courjal Baryton

 

Les Nouveaux Caractères

Sébastien d’Hérin Direction