Anish Kapoor Versailles

Du 9 juin au 1er novembre 2015
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C-Curve © Tadzio
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Sky Mirror © Tadzio
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Dirty Corner - © Fabrice Seixas
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Sectional Body preparing for Monadic Singularity © Tadzio
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Descension © Tadzio
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Shooting into the Corner © Tadzio
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© Fabrice Seixas

L’exposition d’Art contemporain à Versailles commence toujours par une marche. La première rencontre avec l’artiste. Ou plutôt la première rencontre de l’artiste avec le château de Versailles.

 

Qu’il soit ou non familier des lieux, son regard, ce jour-là, change comme s’il était dessillé par la perspective de s’y installer. Et il est plus important que ses mots : il jauge l’immensité et le poids de cette architecture unique et il se jauge aussi à l’aune de cet environnement exceptionnel. Dès le premier jour, en quelque sorte, il n’y a plus rien que cette relation singulière où l’un se mesure à l’autre. Nous marchions avec Anish Kapoor. D’un bon pas, d’un pas d’arpenteur. Et dans un silence coupé de quelques mots où il était question de Le Nôtre né – clin d’oeil de l’histoire – un 12 mars comme Anish Kapoor, la promenade s’éternisait.  A la fin, Anish Kapoor demanda de réfléchir. Quelle anxiété pour nous ! Mais quelle humilité de la part d’un artiste habitué à tous les théâtres.

Un an plus tard, Anish Kapoor proposait “son” parcours dans les jardins de Versailles. Comme Giuseppe Penone, comme Lee Ufan, il avait identifié secrètement oeuvres et emplacements. Comme eux, les yeux en compas, il pensait d’abord grandeur, proportions. Lui qui pourtant avait magistralement occupé l’espace du Grand Palais en 2011 avec son Léviathan n’en était pas quitte pour autant des 800 hectares du domaine de Versailles.

Mais au-delà de la topographie de ce territoire conquis, discipliné par Louis XIV avec Le Nôtre, peut-être se trouvait-on au coeur-même de la pensée d’Anish Kapoor, à la fois ingénieur et philosophe, architecte et poète, dans cette appréhension de l’espace. Anish Kapoor a fait la démonstration ici ou là, qu’il était fou d’espace, l’espace qu’il traite, a-t’il confié, comme une “idée poétique” non pas dans ses limites mais pour tout ce qu’il implique. Ce que nous voyons et ce que nous ne voyons pas, les sens accumulés par l’histoire… Pour Anish Kapoor, l’oeuvre n’existe pas seule mais par celui qui la voit. Le visiteur de Versailles se perd dans les dualités qui marquent le travail de l’artiste : terre et ciel, visible et invisible, dedans et dehors, ombre et lumière… Cet univers n’est lisible que par l’imaginaire. L’originalité de cette exposition, ce qui la rend unique, même aux yeux de ceux qui suivent depuis longtemps Kapoor de par le monde, c’est que cet imaginaire rencontre à Versailles celui que l’histoire a sédimenté. Ce paysage si maîtrisé est happé par l’instabilité. Les terrains sont incertains et mouvants.

L’eau y tourbillonne. Les ruines, hier romantiques, s’emparent du tapis vert. Le pas bute sur de faux labyrinthes. Les miroirs, si liés à Versailles, le déforment. C’est un monde au bord du basculement peut-être. Ce n’est pas un hasard si Anish Kapoor, le premier, a voulu pousser la porte de la salle du Jeu de Paume qu’il regarde comme une oeuvre, pour y poser une installation.

Anish Kapoor nous entraîne à Versailles, dans une histoire cachée.

 

Catherine Pégard
Présidente de l’Etablissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles

 

 

L'exposition par Alfred Pacquement, commissaire de l'exposition

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